Il est 17h. Le cartable est ouvert depuis 20 minutes. Le cahier de textes est quelque part. Peut-être. Votre enfant a déjà pleuré deux fois, vous avez haussé la voix une fois, et les devoirs ne sont même pas commencés.
Si cette scène vous est familière, vous n’êtes pas seuls — et vous n’êtes pas de mauvais parents. Pour un enfant avec TDAH, le moment des devoirs est l’un des plus difficiles de la journée. Comprendre pourquoi, c’est déjà la première étape pour que ça se passe mieux.

L’école demande déjà à votre enfant un effort colossal toute la journée. Se concentrer, rester assis, inhiber ses impulsions, gérer les interactions sociales… À 16h30, son cerveau est épuisé. Et c’est précisément là qu’on lui demande de se remettre au travail, seul, sans l’encadrement de la classe.
Le TDAH touche les fonctions exécutives — ces fonctions cérébrales qui permettent de s’organiser, de démarrer une tâche, de maintenir son attention et de gérer sa frustration. Or les devoirs mobilisent toutes ces fonctions en même temps :
C’est l’un des réflexes les plus courants, et pourtant l’un des moins adaptés. Le cerveau de votre enfant sort d’une journée de régulation intense. Il a besoin de décompresser avant de pouvoir se remettre au travail.
Ce qu’on recommande : prévoir une pause de 30 à 45 minutes après l’école, avec une activité libre et si possible physique (vélo, trampoline, jeu dehors). Le mouvement aide à réguler le système nerveux et à préparer le cerveau à se concentrer.
« Il doit apprendre à être autonome. » C’est vrai — mais l’autonomie se construit progressivement, avec un étayage adapté. Un enfant TDAH qui se retrouve seul face à son cahier va souvent se retrouver face à un mur, puis abandonner ou exploser.
Ce qu’on recommande : être présent dans la même pièce, même sans intervenir constamment. La simple présence d’un adulte aide à maintenir l’attention. Ce n’est pas du maternage — c’est du soutien exécutif.
Demander à un enfant TDAH de travailler 1h sans interruption, c’est comme demander à quelqu’un de courir un marathon sans entraînement. Le résultat : épuisement, larmes, conflits.
Ce qu’on recommande : la technique des petits blocs de travail. Par exemple : 10-15 minutes de travail, 5 minutes de pause, puis on recommence. Cette approche, inspirée de la méthode Pomodoro, correspond bien au fonctionnement du cerveau TDAH qui peut se concentrer par courtes rafales intenses.
Un bureau encombré, la télévision allumée en fond, le téléphone à portée de main, la fratrie qui joue à côté… chaque stimulus est une distraction potentielle.
Ce qu’on recommande : créer un espace dédié, épuré, calme. Pas besoin de grand chose : une table dégagée, une chaise confortable, le matériel nécessaire et rien d’autre. Certains enfants travaillent mieux avec un léger bruit de fond neutre (musique instrumentale, bruit blanc) — à tester.
Le cerveau TDAH aime la prévisibilité. Une routine stable et répétée permet de réduire la charge mentale liée à l’organisation et de transformer le démarrage des devoirs en automatisme progressif.
Une routine efficace ressemble à ça :
La clé : la régularité. Les premières semaines seront difficiles. Mais une routine installée devient peu à peu une habitude, et la résistance diminue.
Le minuteur visuel (Time Timer) Un minuteur qui montre visuellement le temps qui passe. Beaucoup plus parlant pour un enfant qu’un chiffre abstrait. Disponible en version physique ou application gratuite.
Le tableau des devoirs Un petit tableau blanc ou une feuille où l’enfant coche chaque devoir terminé. Le fait de cocher donne une satisfaction immédiate qui motive à continuer.
Les écouteurs anti-bruit Pour les enfants sensibles aux distractions sonores, des écouteurs simples (pas forcément chers) peuvent faire une vraie différence.
Le système de récompenses courtes Pas besoin de grands cadeaux. Une petite récompense immédiate après les devoirs (15 minutes de jeu vidéo, une activité choisie par l’enfant) suffit à créer une motivation. Le cerveau TDAH répond bien aux renforcements positifs rapprochés.
Même avec la meilleure organisation, certains soirs seront difficiles. Voici quelques principes pour gérer les crises :
Ne jamais forcer dans l’émotion. Quand votre enfant est en crise (pleurs, cris, blocage total), son cerveau préfrontal est hors ligne. Continuer les devoirs dans cet état n’a aucune efficacité. Mieux vaut une courte pause de décompression, puis reprendre.
Dédramatiser. Un devoir non fait de temps en temps, ce n’est pas une catastrophe. La relation avec votre enfant et sa confiance en lui valent plus qu’un exercice de maths terminé sous les pleurs.
Communiquer avec l’enseignant. Si les devoirs représentent systématiquement une source de souffrance importante, il est utile d’en parler avec l’école. Un aménagement (devoirs réduits, temps supplémentaire, aide d’un AVS) peut être mis en place dans le cadre d’un PAP ou d’un PPS.
Les devoirs sont souvent le baromètre de la journée dans les familles d’enfants TDAH. Quand ça se passe mal chaque soir, c’est épuisant — pour l’enfant, mais aussi pour les parents qui portent seuls une charge immense.
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Audrey Tosser et Lucie Cantelaube sont psychoéducatrices spécialisées dans l’accompagnement des enfants et adolescents TSA et TDAH à Bordeaux et Bègles. Elles proposent des accompagnements individuels, des groupes d’habiletés sociales et des groupes de soutien parental. Déplacements possibles en Gironde.
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