« Il ne sait pas jouer avec les autres. » « Elle dit tout ce qu’elle pense, sans filtre. » « Il se retrouve toujours seul dans la cour. »
Ces phrases, nous les entendons souvent en consultation. Derrière chacune d’elles, une vraie souffrance — celle de l’enfant, mais aussi celle des parents qui ne savent plus comment l’aider. Si votre enfant présente un TDAH (Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité) ou un TSA (Trouble du Spectre de l’Autisme), les difficultés sociales font souvent partie du tableau clinique. Elles ne sont pas un caprice, ni un manque d’éducation. Elles ont des causes précises, et surtout, elles peuvent être travaillées.

Les échanges sociaux semblent naturels et automatiques pour beaucoup d’enfants. Mais en réalité, une simple conversation entre deux enfants mobilise des dizaines de compétences en même temps : décoder l’expression du visage de l’autre, choisir le bon moment pour parler, adapter son ton, gérer sa propre frustration, comprendre les sous-entendus, respecter les tours de parole…
Pour un enfant neuroatypique, ce traitement multi-tâches est épuisant, voire impossible sans aide.
Le TDAH touche les fonctions exécutives du cerveau — ces fonctions qui permettent de planifier, d’inhiber ses impulsions et de réguler ses émotions. Dans les interactions sociales, cela se traduit concrètement par :
Des études menées dans le domaine de la neuropsychologie montrent que les enfants avec TDAH sont rejetés socialement jusqu’à 3 fois plus souvent que leurs pairs neurotypiques dès les premières semaines dans un nouveau groupe — ce qui crée une réputation difficile à effacer.
Pour les enfants avec TSA, les difficultés sociales sont encore plus centrales. Le TSA impacte directement la communication sociale, à des degrés très variables selon les profils :
Il est important de souligner que beaucoup d’enfants TSA souhaitent profondément se connecter aux autres — ils ne sont pas « asociaux » par nature. Ils manquent d’outils pour y parvenir de façon fluide.
Avant d’aller plus loin, il nous semble essentiel de déconstruire quelques idées reçues.
Non, ce n’est pas un problème d’éducation. Les parents d’enfants neuroatypiques entendent souvent des remarques blessantes sur l' »autorité » ou le « cadre ». Les difficultés sociales liées au TDAH ou au TSA sont neurologiques. Elles auraient existé quel que soit le contexte familial.
Non, l’enfant ne le fait pas exprès. L’impulsivité, le manque d’empathie apparente, les réactions disproportionnées : ce ne sont pas des choix conscients. L’enfant souffre souvent autant que les autres de ces situations.
Non, ça ne « passera pas tout seul » avec le temps. Sans accompagnement ciblé, les difficultés persistent, et l’isolement social peut s’aggraver à l’adolescence. Mais avec les bons outils, des progrès réels et durables sont possibles.
C’est là que réside une bonne nouvelle : les habiletés sociales ne sont pas innées. Elles sont des compétences, au même titre que lire ou faire du vélo. Et comme toute compétence, elles peuvent s’enseigner, se pratiquer, et s’automatiser.
C’est le principe fondateur des groupes d’habiletés sociales (GHS), une approche bien documentée dans la littérature scientifique internationale.
Un GHS réunit un petit groupe d’enfants partageant des profils similaires (TDAH, TSA, troubles DYS…) pour travailler ensemble, de façon ludique et structurée, des compétences sociales précises :
Les séances alternent des temps d’apprentissage explicite (« voilà comment on fait »), des mises en situation par le jeu de rôle, et des debriefs en groupe pour ancrer les apprentissages.
L’environnement bienveillant et non-jugeant du groupe est essentiel : les enfants s’entraînent entre pairs qui « comprennent de l’intérieur », sans la pression des situations réelles.
Les programmes d’habiletés sociales les plus évalués scientifiquement — comme le programme PEERS® (Program for the Education and Enrichment of Relational Skills), développé à l’UCLA — montrent des résultats significatifs et durables, notamment :
Ces effets ont été confirmés dans plusieurs méta-analyses portant sur des enfants TSA et TDAH d’âge scolaire.
Un point souvent sous-estimé : l’implication des parents est un facteur déterminant de l’efficacité des GHS.
Quand les parents comprennent ce qui est travaillé en séance, ils peuvent créer des opportunités d’entraînement dans la vraie vie : organiser une activité avec un seul camarade plutôt qu’un groupe large, accompagner l’enfant après une dispute pour analyser ce qui s’est passé, valoriser chaque progrès même minime.
C’est pourquoi dans notre pratique, nous intégrons systématiquement une dimension parentale à notre accompagnement. Vous n’êtes pas de simples « spectateurs » de la thérapie — vous êtes les coachs de votre enfant au quotidien.
C’est une question fréquente. Certains enfants, notamment ceux avec TSA, peuvent être réticents à l’idée de rejoindre un groupe d’inconnus pour « travailler leurs difficultés ». Quelques pistes :
Il n’y a pas d' »âge minimum » pour s’intéresser aux habiletés sociales. Quelques signaux qui peuvent vous inviter à solliciter un accompagnement :
Les difficultés sociales chez les enfants avec TDAH ou TSA sont réelles, documentées, et source de souffrance. Mais elles ne sont pas une fatalité. Avec un accompagnement adapté, des outils concrets et l’engagement de la famille, les progrès sont non seulement possibles mais souvent remarquables.
Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, n’hésitez pas à nous contacter. Nous serons heureuses d’échanger avec vous sur la situation de votre enfant et les solutions qui pourraient lui convenir.
Audrey Tosser et Lucie Cantelaube sont psychoéducatrices spécialisées dans l’accompagnement des enfants et adolescents TSA et TDAH à Bordeaux et Bègles. Elles proposent des accompagnements individuels, des groupes d’habiletés sociales et des groupes de soutien parental. Déplacements possibles en Gironde.
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Références scientifiques mentionnées dans cet article
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